Monday 23 October 2017    

Centraide du Grand Montréal

Montréal (est une) métropole
En décembre dernier, le gouvernement Couillard déposait le projet de loi 121, intitulé « Loi augmentant l'autonomie et les pouvoirs de Montréal - métropole du Québec ». Cela n'a pas tué la une, à raison : la terre est ronde et Montréal est la métropole du Québec.

Ily a cependant matière à s'inquiéter. Voulons-nous d'un modèle où l'État,québécois et canadien, transfère davantage de pouvoirs, responsabilités etmoyens à la Ville ? C'est la norme aux États-Unis et dans les autres provinces canadiennes. C'est aussil'ambition affichée du maire Coderre.

Enmarge du dépôt du projet de loi, le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal annonçaient laconclusion d'une entente particulière, le « Réflexe Montréal ». Sans consultation, ni débat, ni vote à l'Assemblée nationale. Cette entente accorde des pouvoirsaccrus à Montréal en matière d'économie, d'immigration, de patrimoine, delogement et de lutte à l'itinérance.

Quelspolitiques, lois et cadres baliseront les pouvoirs ainsi dévolus? Quels moyensy seront alloués? Le Projet de loi 121 et le Réflexe Montréal sont loin d'êtreconvaincants. Les questions qui demeurent vont bien au-delà de qui lesexercera, que ce soit Denis Coderre, Valérie Plante ou une autre administration.

Tous les pouvoirs enitinérance

En2013, dès le début de la campagne qui allait le mener à la mairie de Montréal,Denis Coderre affirmait sa volonté d'accroitre les pouvoirs de la ville. En cequi concerne la lutte à l'itinérance, notamment, il affirmait sa volonté de récupérertous les pouvoirs. Et ceux-ci sont nombreux : pensons à la santé, ausoutien au revenu, aux centres jeunesse et aux autres responsabilités qui n'ontpas été transférées dans le cadre de l'Entente sur le Réflexe Montréal.

Enmatière d'itinérance, cette Entente prévoit la création d'une instancepolitique de coordination, un Bureau de gouvernance, composé du maire et de laministre à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois.L'Entente le précise elle-même : cette instance s'ajoute au comitéstratégique qui regroupe déjà le Ministère de la Santé et la Ville… Auquel ilfaut par ailleurs ajouter un Comité directeur, qui rassemble aussi ces acteurset le milieu communautaire.

Enplus de se questionner sur l'ajout d'une instance, il est nécessaire des'interroger sur l'impact de celle-ci. Ce Bureau de gouvernance aura le mandatd'orienter l'avancement des actions dans la lutte à l'itinérance. La Politique nationale de lutte à l'itinéranceadoptée en 2014 au Québec, caractérisée par une approche globale de préventionet de réduction de l'itinérance, n'y est cependant pas mentionnée.

Àtitre d'exemple, cette Politique nationale prévoit qu'en matière de logementsocial, au moins 10 % des unités développées seront réservées aux personnes ensituation d'itinérance. Qu'en sera-t-il dès le 1er avril, alors que l'Ententeaccordera tous les pouvoirs à la Ville en logement?

Letransfert de pouvoirs dans d'autres champs de compétence, tels l'immigration etla protection du patrimoine, est explicitement encadré dans l'Entente par lesorientations et les politiques adoptées par le gouvernement du Québec. Ce n'estpas le cas en itinérance, ce qui demeure inquiétant pour les acteurs du milieu.

Les moyens

Lemaire a bataillé fort pour obtenir des pouvoirs accrus, mais les budgets que laVille a obtenus, notamment en logement et en itinérance, ont diminué. En 2016,la Ville n'a obtenu un financement de Québec que pour 36% des nouveauxlogements sociaux, tandis que cette proportion s'était déjà élevée à 45 %, voireplus par le passé. Et bien que gouvernement Trudeau a accru son soutien à lalutte contre l'itinérance de 50% mais Montréal ne se retrouvait qu'avec 25% dehausse.

Quece soit en matière de logement, où Montréal aura les pleins pouvoirs, ou de laresponsabilité du parc immobilier des écoles, que le maire vise à obtenir, onpeut se demander de quelle façon la Ville arrivera à éponger de tellesfactures.

L'adoptionde ce projet loi est prévue ce printemps, avant les prochaines élections municipales,mais il sera auparavant soumis à une commission parlementaire. Le RAPSIM y sera entendu, et profitera de l'occasion pour poser des questions et, espérons-le, obtenir quelques réponses.


Une version de ce texte est parue dans l'édition du 1er mars du journal L'Itinéraire.








 

Copyright © 2008 RAPSIM - Tous droits réservés.