Wednesday 15 August 2018    

Centraide du Grand Montréal

Le phénomène de l'itinérance
L'itinérance existe depuis longtemps à Montréal. Clochards et «chambreurs» font partie de longue date du paysage de la cité, et particulièrement du centre-ville. Mais l'ampleur du phénomène est une réalité plus récente qui s'explique par la décroissance économique qui a eu un impact important sur les personnes les plus fragiles de la société.


L'itinérance : le reflet des maux de la société toute entière

L'itinérance constitue une préoccupation qui interpelle l'ensemble de la société. Ses symptômes procurent de précieux indices sur les limites et la fragilité de la solidarité sociale. Elle annonce notamment la faillite de la plupart des moyens utilisés pour tenter de renforcer les liens sociaux. Comprendre l'itinérance, c'est donc comprendre la société entière, dans la manière dont elle inclut ou exclut les personnes et dans la manière dont elle essaie ou non de remédier à l'exclusion.

Dans ce contexte, définir l'itinérance doit s'inscrire dans une compréhension globale des enjeux qu'elle pose. Alliant une lecture de causes individuelles à celle des causes structurelles, l'itinérance doit alors être comprise comme le produit d'une combinaison de facteurs qui nient et fragilisent la place qu'occupent certaines personnes au sein de la société. Parmi ces facteurs-clés, soulignons :

  1. un déni de droits
  2. un processus d'exclusion
  3. un processus de marginalisation
  4. un processus de vulnérabilisation.


L'itinérance : le reflet de la négation de droits

Comprendre l'itinéranceSi l'itinérance découle de choix de société qui ont pour effet d'individualiser chaque élément de la société, elle s'articule d'abord en niant des droits aux personnes qui en sont affectées. Les transformations sociétales majeures qui ont accru les inégalités sociales avec les années sont venues tellement bouleverser les structures de nos sociétés que de plus en plus de personnes ne parviennent pas ou plus à y trouver une place. Pensons aux mutations du marché du travail, à l'augmentation du chômage et de la pauvreté, la mondialisation des marchés, la reconfiguration de la famille, la pénurie de logements, à d'autres formes de désengagement de l'État ou au choix politique des baisses d'impôts au détriment du financement des programmes sociaux. Tant nos indicateurs de performance que nos valeurs (desquelles découlent nos lois, notre système de justice et nos chartes souvent mises de côté) favorisent l'émergence de l'itinérance, qui est à la base un ensemble de droits bafoués :

  • le droit à un revenu décent
  • le droit au logement
  • le droit de cité (occupation de l'espace public et citoyenneté)
  • le droit à un réseau d'aide et de solidarité
  • le droit à la santé
  • le droit à l'éducation.


L'itinérance : le reflet d'un processus d'exclusion

Si vivre l'itinérance, c'est vivre un déni de droits, par extension, c'est vivre l'exclusion sous autant de formes : exclusion du travail, du logement, de la famille, etc. Or, l'exclusion est devenue dans nos sociétés contemporaines une situation de plus en plus courante. Les mécanismes de l'insertion sociale se sont effrités au point de faire basculer de plus en plus de personnes dans une fragilité sociale qui peut les conduire à la rue, espace formalisant l'ultime étape du parcours d'exclusion. Ainsi, derrière chaque histoire de personne itinérante, le décor est celui de l'augmentation de l'exclusion, de la pauvreté, décor qui témoigne de la situation de crise que vivent nos sociétés contemporaines. Dans ce décor structurel qui multiplie les «inutiles au monde», la personne en situation d'itinérance vit à la fois une fragilité personnelle et une fragilité sociale qui renforcent sa mise à l'écart du social.


L'itinérance : le reflet d'un processus de marginalisation

Vivre l'exclusion, c'est donc aussi vivre une mise à l'écart. Le cadre de performance et d'individualisme de nos sociétés renforce en effet la construction d'une distance entre les personnes intégrées et participantes à cette dynamique et les personnes exclues et non participantes. De plus en plus marginales et marginalisées, les personnes itinérantes sont engagées dans des conditions de vie qui les éloignent toujours davantage du monde conventionnel qui suppose d'avoir un logement, un travail, un revenu… Leur visibilité dans l'espace public contribue en outre à marquer la distance sociale qui les sépare des personnes intégrées qui ont accès à un espace privé pour vivre. Faire de la rue son toit, donc son salon et sa chambre, c'est paradoxalement se montrer aux autres dans toute son intimité, mais c'est aussi s'éloigner des autres qui ont droit à un espace privé.


L'itinérance : le reflet d'un processus de vulnérabilisation

Placées dans cette dynamique, les personnes itinérantes sont contraintes de s'inscrire dans une logique de survie qui les vulnérabilise toujours un peu plus. Vivre l'itinérance, c'est donc surtout survivre dans des conditions d'extrême précarité. Vivre l'itinérance, c'est ne pas savoir où l'on va dormir ce soir, manger… Malgré leurs stratégies de débrouillardise, les personnes en situation d'itinérance sont placées dans des conditions qui les vulnérabilisent davantage, que ce soit sur le plan de leur santé physique ou mentale.


Pour en savoir plus, consultez Comprendre l'itinérance et Sans-abri : 1 000 ou 30 000 à Montréal?


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