Sunday 17 November 2019    

Centraide du Grand Montréal

Sans-abri : 1 000 ou 30 000 à Montréal?
La question est régulièrement posée au RAPSIM : combien y a-t il de sans-abri à Montréal?

Une étude publiée en avril 2007 parlait de 1 000, alors que le chiffre de 30 000 est aussi avancé. Les deux données viennent pourtant du gouvernement fédéral. Qui dit vrai? Cela dépend de qui on parle et de comment on compte.

Définir l'itinérance…

En 1987, Année internationale du logement des sans-abri, un rapport du comité des sans-abri de Montréal (1) adoptait une définition de l'itinérance qui rallie toujours 20 ans plus tard, soit :  «Une personne qui n'a pas d'adresse fixe, qui n'a pas d'assurance de logement stable, sécuritaire et salubre pour les 60 jours à venir, à très faible revenu, avec une accessibilité discriminatoire à son égard de la part des services, avec des problèmes soit de santé physique, de santé mentale, soit d'alcoolisme et/ou de toxicomanie, et/ou de désorganisation sociale et dépourvue d'appartenance stable». Cette définition décrit différentes réalités, allant de celles du clochard qui est sans-abri depuis des années, à celles des femmes qui se retrouvent sans domicile fixe en passant par celles des jeunes de la rue. Elle nomme aussi que vivre l'itinérance est une situation d'instabilité.

…et la chiffrer

On ne compte pas cette population comme on compte la population avec le recensement aux cinq ans. Si on le fait, en comptant qui se retrouve dans les refuges au 1er juin, date du recensement quinquennal, on arrive avec un portrait très partiel. C'est cette donnée, 1 000 sans abri à Montréal, que les médias ont reproduit récemment en parlant d'une étude sur la santé mentale et l'itinérance tirée du recensement de 2001. Une autre étude, qui date aussi, avait dénombré 12 666 personnes différentes à Montréal qui avaient utilisé les ressources d'hébergement d'urgence en 1998. Un portrait qui exclut les personnes qui ne fréquentent pas les refuges. La façon la plus juste de dénombrer la population, et qui correspond à la définition ci-haut de l'itinérance, est d'inclure toutes les personnes qui se retrouvent dans cette situation au cours d'une année, ce qui n'est pas facile. Pour celles qui fréquentent les ressources, cela va, pour celles qui sont dans la rue, qui squattent, qui dorment dans les portiques et les entrées de commerces, qui sont sans-logis, on parle d'estimés.

Avec cette façon de faire, le gouvernement du Canada a estimé en 2005 à 150 000 le nombre de personnes sans-abri au pays, dont environ 30 000 à Montréal. Ce nombre de personnes qui se retrouvent en situation d'itinérance sur une année à Montréal est-il juste? Chose certaine, les indicateurs de l'accroissement du phénomène sont nombreux :

  • Plus de 37 000 contraventions ont été données à plus de 4 000 personnes itinérantes différentes à Montréal depuis 12 ans
  • La Mission Old Brewery, un des grands refuges a, à elle seule, vu 1 264 nouvelles personnes en 2006
  • Le nombre de prestataires d'aide sociale sans domicile fixe qui reçoivent leur chèque directement du bureau d'aide sociale est passé à Montréal de 196 à 1270 en quatre ans
  • Malgré la réalisation de plus de 700 logements sociaux directement destinés aux SDF, la fréquentation des refuges s'est maintenue, en légère hausse même et pour cause…
  • Plus de 66 000 ménages locataires payaient déjà en 2001 plus de 80% de leur revenu pour se loger. Tous ces ménages ne se retrouvent pas à la rue, mais année après année, un grand nombre d'entre eux se retrouvent sans logis, expulsés de leur logement, incapables de le payer.

Le problème est majeur. L'ampleur de celui-ci demeure certes à mettre à jour en n'auscultant pas la réalité, ni en la grossissant. Le RAPSIM, la ville de Montréal et l'Agence de la santé ont convenu de travailler sur un plan d'action en itinérance pour accroître l'accès aux services, au logement, réduire la judiciarisation, etc. Le dénombrement de la population concernée fait partie de ce plan. Mais le plus important, c'est d'agir pour prévenir l'accroissement de l'itinérance et surtout offrir des réponses aux besoins des personnes qui se retrouvent dans la rue. Que leur nombre soit 25 000 ou 30 000, il est déjà trop gros.

Pierre Gaudreau, coordonnateur RAPSIM - mai 2007

(1) Godley Claudette et al. Vers une politique municipale pour les sans-abri. Rapport du comité des sans-abri déposé au conseil municipal de Montréal, 13 avril 1987

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