Sunday 16 December 2018    

Centraide du Grand Montréal

Logement et itinérance - Un cap inquiétant vers le privé
Dans les prochains mois à Montréal, le marché locatif privé sera appelé à fournir près de 1000 logements pour des sans-abri et des mal-logés. Cette situation sans précédent par son ampleur est conséquente à une réorientation simultanée du programme fédéral de lutte à l'itinérance et de l'aide en habitation du gouvernement du Québec.

Alors que peu de logements sont vacants, réussira-t-on à en trouver autant ? Dans quels états seront-ils? Quel sera le coût de ce changement de cap ? Quelles conditions de logement seront offertes aux locataires ? Des questions auxquelles le gouvernement du Québec doit répondre, étant grandement responsable de ce virage.


Un virage à 180 degrés qui fera mal

En signant l'Entente Canada-Québec pour la mise en œuvre du programme fédéral de Stratégie de partenariats de lutte contre l'itinérance pour 2015-2019, le gouvernement du Québec a accepté la volonté fédérale de réorienter son aide vers le Housing first. Cette approche est axée sur une aide en logement privé pour les itinérants chroniques. Depuis 2011, le programme fédéral avait pourtant apporté son aide à la construction de plus de 900 logements sociaux destinés à des personnes itinérantes ou à risque de l'être.

En avalisant ce changement de cap de l'aide fédérale, Québec a été à l'encontre de deux résolutions unanimes de l'Assemblée nationale et de sa Politique nationale de lutte contre l'itinérance, qui prévoit une approche globale pour prévenir et réduire l'itinérance.

La réorientation du programme fédéral de lutte contre l'itinérance, se fera au détriment de services importants. Uniquement à Montréal, une quarantaine d'organismes perdront dans les prochains mois totalement ou en grande partie l'aide qu'ils reçoivent d'Ottawa. En conséquence, des milliers de personnes en situation ou à risque d'itinérance n'auront plus le soutien qui leur est apporté dans les ressources alimentaires, les organismes de travail de rue, les hébergements et autres ressources qui subiront ces coupes et ce, dès le 31 juillet.

En ce qui concerne ses propres interventions en logement, le gouvernement du Québec a aussi annoncé un virage vers le privé de son aide dans son dernier budget. Il a réduit de 3000 à 1500 le nombre de nouveaux logements sociaux qu'il financera cette année et, au même moment, il a annoncé une programmation de suppléments au loyer privé pour 5 ans.


Une formule connue

La formule de passer par le logement privé pour répondre au besoin d'un logement n'est pas nouvelle. Son principal avantage est de coûter moins cher, à court terme. Après le loyer payé par le locataire, (25% à 30 % de son revenu) l'État assume la différence selon l'entente conclue avec le propriétaire. Le coût de ces ententes cependant ne fait qu'augmenter au gré du marché. De plus, les propriétaires qui acceptent de conclure de telles ententes, ne les reconduisent souvent pas lorsque ce marché leur permet de louer leurs logements plus chers et/ou à d'autres clientèles.

Contrairement au logement social, où les logements construits demeurent une propriété collective, avec un cout qui diminue avec le temps une fois l'hypothèque payée, l'aide au logement passant par le privé n'offre aucune pérennité. Pour l'aide fédérale avec la SPLI, c'est un soutien au maximum de 44 mois qui est prévu pour les 500 logements qui sont à trouver.

Les logements sociaux ont aussi différents autres avantages. Pour les personnes itinérantes, le soutien communautaire offert sur place par une intervenantE permet de stabiliser en logement des personnes au vécu difficile, avec la tenue de rencontres visant à offrir du soutien et développer des compétences, tels des ateliers de cuisine. Le logement social contribue aussi souvent, par l'acquisition et la rénovation de logements et de maisons de chambres existants, à l'amélioration du cadre bâti dans les vieux quartiers et le maintien dans ceux-ci de logements accessibles aux plus démunis.

Les logements privés qui sont disponibles sont rares, chers, souvent en mauvais état, généralement plus loin des quartiers centraux, des services et des organismes. Cela sera tout un défi d'en trouver suffisamment, dans les limites des budgets disponibles, en bon état et bien situés pour répondre au virage vers le privé de l'aide en logement.

Aussi à lire : Un plaidoyer en faveur de l'habitation communautaire (octobre 2015) de l'Association des groupes de ressources techniques (AGRTQ) 

RAPSIM - 30 avril 2015 - Dossiers : Logement, Financement des groupes






 

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