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Les refuges pour Autochtones
à Tio’tià : ke / Montréal : plus que jamais nécessaires !

Texte co-écrit par Projets Autochtones du Québec (PAQ), RÉSEAU de la communauté autochtone de Montréal et le RAPSIM, publié dans le Journal l’Itinéraire le 15 juin 2022.

En mai dernier, un rapport a été publié sur les enjeux liés à l’itinérance autochtone dans le quartier Milton Parc, décrivant une « crise humanitaire au cœur de la métropole ». Il en ressort entre autres le besoin de développer des projets d’hébergement et de logements pour les personnes inuit de Tio’tià : ke / Montréal. Il existe déjà des ressources pour les populations autochtones: cet hiver, Projets Autochtones du Québec (PAQ) a développé un refuge de 50 places ouvert 24h/24, 7 jours sur 7 pour les personnes autochtones en situation d’itinérance. Une ressource en itinérance réservée aux populations autochtones, est-ce que c’est vraiment utile? Est-ce qu’en ouvrant un refuge du genre, on exclut la population allochtone (non autochtone), pour qui les besoins de services sont tout aussi criants? Nous sommes convaincus qu’au contraire, un refuge réservé pour les populations autochtones, c’est indispensable! Prenons le temps de remettre le tout en contexte historique…

Depuis des centaines d’années, de multiples discriminations sont vécues par les peuples autochtones au Canada et au Québec. L’oppression perpétrée par les gouvernements fédéraux et provinciaux par la colonisation du territoire, les tentatives d’assimilation et le génocide culturel via l’opération de pensionnats ont marqué des communautés entières et laissent à ce jour des traumatismes qui ont des répercussions réelles sur des milliers de personnes autochtones à Tio’tià : ke / Montréal.

Pour plusieurs personnes autochtones en situation d’itinérance, les ressources généralistes, donc ouvertes à tous, ne répondent simplement pas à leurs besoins. Que ce soit en raison de l’héritage et du caractère encore religieux de certaines ressources ou par la discrimination vécue sur place, dont plusieurs ont témoigné, de nombreuses personnes font le choix de ne pas fréquenter ces espaces. Sans alternative appropriée, elles risquent de devoir rester à l’extérieur, avec les conséquences que nous connaissons: en 2019, c’est plus de 14 personnes qui sont décédées autour du Square Cabot, un lieu majoritairement fréquenté par des personnes autochtones. C’est entre autres pour prévenir ces drames que PAQ a développé une ressource culturellement sécuritaire et adaptée, qui respecte les langues et cultures des populations autochtones en tenant compte de leurs besoins particuliers.  

Les conséquences de toutes les discriminations historiques en plus du racisme systémique, des inégalités économiques et sociales et des préjugés qui continuent à être véhiculés encore à ce jour rendent les populations autochtones particulièrement vulnérables à l’itinérance. Alors qu’il est facile de dire que l’itinérance touche tout le monde de façon égale, il reste qu’à Tio’tià : ke / Montréal, les autochtones y sont disproportionnellement représentés. Bien qu’ils composent seulement 0,6% de la population, ils comptent pour 10% de la population itinérante! Il apparaît donc clair que des ressources particulières ont leur raison d’être. Lorsqu’on affirme que les mêmes ressources et services devraient être offerts à tous, sans considérer les besoins variés des différentes populations en situation d’itinérance, on laisse de côté les barrières systémiques qui existent et qui constituent des freins à l’accès pour de nombreuses personnes. Pour traiter les gens de manière juste et équitable, il faut tenir compte des particularités de certaines populations et des programmes spécialisés sont souvent nécessaires.

La mise en place de ce refuge et d’autres endroits du genre répond à des besoins identifiés par la communauté autochtone et vient s’ajouter à un écosystème de réponses encore insuffisantes en matière d’hébergement d’urgence. Nous devons continuer à inciter les pouvoirs publics à soutenir adéquatement les organismes communautaires pour que d’autres alternatives adaptées aux différents besoins en matière d’itinérance voient le jour. C’est en appuyant des projets comme celui que PAQ a développé que nous avancerons vers une réduction des inégalités systémiques et une société plus équitable.

Consultez l’article dans le Journal l’Itinéraire ICI.

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