L’ITINÉRANCE À MTL

Dénombrement 2018: ce que les chiffres ne disent pas

Le dénombrement est une mesure rattachée à l’approche Housing First / Logement d’abord et à la vision Itinérance zéro adoptée par le gouvernement fédéral en 2019. Il constitue son principal outil de suivi de l’évolution du phénomène de l’itinérance chronique. Toutefois, la méthodologie préconisée dans le cadre du dénombrement ne permet pas de dresser un portrait représentatif de la diversité et de l’ampleur de l’itinérance à Montréal. À l’inverse, une démarche qualitative offre davantage de nuances et une compréhension plus globale du phénomène, qui ne peut être pleinement reflété à travers les chiffres seuls.

Le dénombrement est un indicateur parmi d’autres et, par conséquent, ses résultats ne devraient pas constituer le seul guide pour orienter les investissements en itinérance. Pourtant, les chiffres qui en découlent influencent directement les réponses, les actions et les budgets consacrés à cet enjeu. Se baser uniquement sur le dénombrement pour répartir les ressources conduit à négliger les actions de prévention et à privilégier les réponses à l’itinérance visible, au détriment d’autres réalités moins apparentes.

Pour lutter efficacement contre le phénomène et en contrer l’aggravation, les fonds doivent être orientés vers un éventail d’actions complémentaires : les mesures d’urgence, les parcours de sortie de rue et les stratégies de prévention, en agissant sur plusieurs axes à la fois (pauvreté, logement, insertion sociale, santé et judiciarisation).

Pour connaître davantage notre position sur le dénombrement, consulter l’article Ce que l’action communautaire fait que le dénombrement ne fait pas! En page 8.

Les différents visages de l’itinérance à Montréal

L’itinérance ne se limite pas aux personnes visibles dans la rue. Elle recouvre une diversité de réalités, tant visibles qu’invisibles. Certaines personnes sont contraintes de demeurer dans des logements insalubres ou non sécuritaires pour éviter la rue, tandis que d’autres se retrouvent à loger temporairement chez des proches ou des connaissances.

L’itinérance a de multiples visages : elle touche des hommes, mais aussi des femmes, des jeunes et des personnes aînées. Les personnes autochtones et celles issues des communautés LGBTQIA+ y sont surreprésentées, et l’on constate la présence croissante de personnes issues de l’immigration. Enfin, l’itinérance dépasse largement les quartiers centraux : elle est présente dans l’ensemble des arrondissements de Montréal.

La nécessité d’une approche globale

L’approche Housing First / Logement d’abord a suscité, et suscite encore aujourd’hui — quoique dans une moindre mesure — un grand intérêt de la part des gouvernements ayant adopté une vision Itinérance zéro (États-Unis, Finlande, Australie, Canada). Axée principalement sur le marché locatif privé, cette approche, renommée Soutien résidentiel avec accompagnement (SRA) au Québec, consiste à offrir rapidement un logement permanent à une personne en situation d’itinérance chronique, puis à favoriser son insertion sociale et son maintien en logement grâce à un accompagnement individualisé et à un soutien financier temporaire.

De 2016 à 2019, le gouvernement fédéral imposait à toutes les provinces canadiennes, dont le Québec, de consacrer les deux tiers du financement du programme Vers un chez-soi à l’approche Housing First / Logement d’abord.

Le RAPSIM s’est fermement opposé à l’imposition de cibles obligatoires et a multiplié les représentations pour exiger le respect de l’autonomie des organismes ainsi que le soutien aux différentes actions de prévention et de réduction du phénomène dans l’utilisation des sommes. Ce travail a porté fruit : depuis le 1er avril 2019, toutes les cibles d’investissement obligatoires liées au Logement d’abord ont été retirées du programme Vers un chez-soi, et les communautés sont censées disposer d’une plus grande souplesse dans le choix des approches afin de répondre aux besoins locaux.

Malgré ces avancées, l’approche globale demeure à défendre et à revendiquer dans l’utilisation des fonds consacrés à l’itinérance. La sortie de l’itinérance est un parcours non linéaire, marqué par des allers-retours, et le seul fait d’obtenir un logement ne signifie pas nécessairement en être sorti. Le RAPSIM reconnaît le Housing First / Logement d’abord comme une approche devant faire partie de l’éventail de réponses en matière de logement. Toutefois, elle ne doit pas remplacer les investissements nécessaires dans le logement social et communautaire, ni occulter l’importance de financer une diversité de réponses afin de couvrir la pluralité des besoins.

Dans un contexte de crise du logement et de perte d’abordabilité, il devient de plus en plus clair que l’approche Housing First / Logement d’abord comporte des limites et ne peut être envisagée comme une solution unique. Pour prévenir et réduire l’itinérance, les réponses politiques doivent être plurielles, diversifiées et ancrées dans une approche globale, en concertation réelle avec l’ensemble des organismes communautaires.