Montréal, le 14 mars 2026 – Des coupures dans le financement fédéral entraîneront des conséquences directes sur les services offerts aux personnes en situation d’itinérance à Montréal dès le 1er avril. Le résultat récent de l’appel à projets Vers un chez soi (VCS) 2026-2028 en révèle l’ampleur.
En tenant compte du non-renouvellement du Plan de réponse communautaire aux campements (PRCC), l’écart de financement fédéral pour les services auparavant soutenus à Montréal atteint plus de 16 M$ entre 2025-2026 et 2026-2027.
Cette situation se traduira notamment par la non-reconduction de plus de 30 projets à partir du 1er avril. Un très grand nombre d’organismes verront ainsi leurs financements coupés, réduits ou stagnants, tandis que très peu de nouveaux projets seront financés. Sur le terrain, ces pertes financières fragilisent les services, réduisent les équipes et mettent en péril des réponses essentielles. Cette situation compromet la capacité du milieu communautaire à répondre à des besoins pourtant en forte croissance. Sans action rapide de la part de Québec, les conséquences se feront sentir directement sur les personnes, dans les ressources et dans l’ensemble des quartiers montréalais.
Un constat global catastrophique pour les services dédiés aux besoins spécifiques des femmes
Le Partenariat pour la prévention et la lutte à l’itinérance des femmes (PPLIF) se désole que la majorité des projets destinés aux femmes aient été refusés, alors que le nombre de femmes en situation d’itinérance, y compris celles ayant la charge d’un enfant, est en croissance. Pourtant, les projets développés pour répondre à ces besoins reposent sur une solide expertise et sur des années d’intervention sur le terrain.
« Derrière chaque projet refusé, il y a des femmes qui n’auront pas accès à un lit sécuritaire, à de l’accompagnement ou à des services qui auraient pu prévenir une situation d’itinérance. Les groupes de femmes développent des solutions concrètes et adaptées depuis des années. Mais sans financement prévisible, notre capacité d’agir demeure fragile. Si nous voulons des résultats durables, il faut aussi donner aux organismes les moyens de maintenir les solutions qui fonctionnent. » – Sally Richmond, membre du PPLIF et directrice générale de Logifem
Le maintien en logement fragilisé
Des projets qui concernent l’intervention et le soutien auprès de 102 personnes déjà logées ne seront pas financés. Le Refuge des Jeunes de Montréal subit de manière frontale cette coupure pour ce volet pourtant essentiel dans la stabilité résidentielle, l’autonomie et l’intégration socioprofessionnelle des jeunes hommes que l’organisme accompagne.
« À l’heure où la crise du logement frappe de plein fouet les jeunes les plus précaires, ce type de décision apparaît profondément incohérent et risque d’aggraver les situations que nous tentons justement de prévenir. » – France Labelle, directrice générale du Refuge des Jeunes de Montréal
Des ruptures d’activités anticipées
Parmi les projets essentiels non reconduits, on compte le Programme d’accompagnement justice itinérance à la cour (PAJIC) opéré à Montréal par la Clinique Droits Devant qui voit son financement coupé de 125 000 $. Cette situation met en péril un service clé.
« Les personnes qui sont forcées de vivre dehors sont plus judiciarisées que le reste de la population. L’intervention de la Clinique Droits Devant au PAJIC leur permet de régler leur situation judiciaire, de reprendre pied, logement et espoir. Le PAJIC est donc essentiel à leur processus de réaffiliation sociale.» – Sophie Sénécal, directrice générale de la Clinique Droits Devant
Des lieux d’accueil 24/7 ouverts à l’année menacés
Certaines ressources ne pourront tout simplement pas offrir les réponses prévues faute de financement suffisant. À titre d’exemple, la halte de La Maison Benoît Labre ne recevra que 50 % de l’argent nécessaire pour opérer 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, tel que le prévoyait le projet initialement. Avec le montant accordé, la halte 24/7 n’est pour l’instant garantie que pour 26 semaines.
« Faute de financement supplémentaire, nous serons forcés de réduire les heures d’ouverture à quelques semaines de l’hiver, au moment même où les besoins des personnes en situation d’itinérance sont les plus criants. » – Andréane Désilets, directrice générale de La Maison Benoît Labre
Des organismes à bout de souffle
Même lorsque les financements ne sont pas coupés, leur stagnation fragilise les ressources. Le CAP St-Barnabé, qui opère trois hébergements d’urgence totalisant 350 places, reçoit le même financement depuis cinq ans, sans aucune indexation. Cette situation a déjà entraîné des mises à pied et complique le maintien des services.
« Nous sommes prêts à continuer à faire notre part. Mais sans un financement adéquat, la question n’est plus de savoir comment améliorer nos services, mais bien combien de temps nous pourrons encore les maintenir. » – Michelle Patenaude, directrice générale du CAP St-Barnabé
Un appel au gouvernement du Québec
Ces décisions surviennent alors que les besoins ne cessent d’augmenter et que les organismes communautaires constituent un pilier essentiel de la réponse à l’itinérance. À quelques jours du dépôt du budget du Québec, les groupes appellent le gouvernement à renforcer significativement les investissements pour le secteur communautaire en itinérance à Montréal.
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Contact média : Annie Savage, directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) Cellulaire : 438-885-7904