Le RAPSIM et le RSIQ accueillent positivement les investissements de 11,2 milliards de dollars sur quatre ans dans la lutte contre l’itinérance. Alors que les besoins explosent, une telle place accordée à cet enjeu dans le budget était nécessaire. Cela étant, nous demeurons attentifs aux orientations et aux modalités de déploiement de ces investissements qui viendront déterminer leur réelle contribution à notre capacité à prévenir et à réduire l’itinérance.
Pour y arriver, il faudra éviter que ces sommes soient orientées exclusivement vers des interventions axées sur une trajectoire résidentielle. D’autres interventions et d’autres approches sont indispensables et complémentaires. Le logement, même avec accompagnement, est assurément une composante incontournable et centrale de la lutte contre l’itinérance, mais ne peut constituer à lui seul LA réponse à un phénomène aussi complexe que celui de l’itinérance.
Pour y parvenir, il faut soutenir un continuum de services qui s’étend de la santé à la justice, jusqu’à l’habitation. Il faut prévenir l’itinérance, répondre aux besoins immédiats des personnes et les accompagner vers des solutions durables. Si le logement demeure un levier essentiel, il ne faudrait pas pour autant reléguer au second plan les approches de santé globale qui font leurs preuves depuis 50 ans.
Au Québec, la Politique nationale de lutte à l’itinérance repose justement sur une approche globale qui reconnaît le caractère multidimensionnel de l’itinérance et la nécessité d’agir sur l’ensemble des facteurs qui y contribuent. Ce continuum comprend notamment les services de réduction des risques, les services de consommation supervisée et de traitement des dépendances, le travail de rue, l’hébergement d’urgence, le logement transitoire et permanent avec soutien communautaire, les soins de proximité, l’accompagnement psychosocial, les centres de jour et de soir, les banques alimentaires et les services de défense des droits. Ces réponses ne s’opposent pas au logement : elles s’y maillent, en soutenant l’accès, l’entrée et le maintien en logement des personnes éloignées des trajectoires institutionnelles.
Nous comptons sur le gouvernement du Québec pour négocier une entente Québec-Canada qui respecte ses compétences, les principes et la vision de sa Politique nationale de lutte à l’itinérance, de même que l’expertise des organismes communautaires partout au Québec. Les sommes annoncées doivent également permettre aux organismes de consolider leurs interventions au moyen d’un financement prévisible, pluriannuel et adéquatement indexé.