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Notre responsabilité collective face à l’itinérance


5 octobre 2020 – Journée de l’habitat de l’ONU

Depuis le début de l’été, les campements érigés partout à Montréal comme alternative adoptée par des personnes sans logement sont devenus le symbole fort des crises sanitaires et du logement. Mais plus encore, ils incarnent le symptôme du manque de réponses adaptées et diversifiées pour faire face aux besoins des personnes en situation ou à risque d’itinérance.

Les organismes membres du RAPSIM font le même constat: dans les derniers mois, la détresse des personnes en situation d’itinérance à Montréal a augmenté et plusieurs nouveaux visages fréquentent les services qui leur viennent en aide. Doublées par la pandémie, les répercussions de la crise du logement sur les personnes vulnérables sont bien réelles : augmentation de l’isolement, perte de logement, augmentation des surdoses, détresse psychologique, etc. L’itinérance cachée est aussi rendue plus visible par la crise sanitaire.

Dans les dernières semaines, les annonces se sont succédé : entente de principe Québec-Canada sur le logement, 1 milliard $ pour la construction rapide de logements, bonification du programme Vers un chez soi. Si ces annonces étaient attendues, elles arrivent hélas sans détails et laissent les organismes communautaires dans le plus grand floue quant aux délais et à ce qui pourra réellement servir les personnes en situation ou à risque d’itinérance à Montréal. L’urgence d’agir est là et il temps que les différents paliers de gouvernement s’affairent à mettre en place, en cohésion, une diversité de mesures.

Pour cela, Montréal doit faire preuve de leadership en réclamant les fonds nécessaires et en faisant, par exemple, l’achat d’immeubles locatifs abordables pour les sortir du marché, l’achat d’hôtels pouvant être converti en logements temporaires ou permanents ainsi qu’en mettant en place des mesures pour préserver le parc de maisons de chambres existantes et pour faciliter la socialisation de celles-ci. Nous saluons d’ailleurs les projets de règlements annoncés en ce sens au printemps par certains arrondissements et nous urgeons la ville de continuer ses efforts dans ce dossier.

Québec doit pour sa part mettre le logement social et communautaire au cœur de son plan de relance économique. Le gouvernement Legault doit investir massivement et sans plus tarder dans le programme AccèsLogis afin de financer la construction de logements sociaux et de consolider les unités déjà existantes. Depuis son arrivée au pouvoir, la CAQ n’a pas annoncé de financement pour la construction de nouvelles unités. Cette posture doit changer car en plus du rattrapage à faire, d’autres projets doivent être mis sur pied dès maintenant afin de répondre aux besoins des personnes à la rue ou mal-logées.  De plus, les cadres financiers de ce programme doivent être actualisés au contexte actuel. En effet, si les sommes allouées pour la construction était déjà largement insuffisantes, cela s’est aggravé avec l’augmentation des coûts provoquée par la pandémie.  

Au-delà de l’accès à un logement réellement abordable et salubre, Québec doit considérer qu’un toit n’est pas suffisant pour faciliter le maintien en logement des personnes vulnérables. Que l’on pense à de l’accompagnement vers les soins de santé, au développement de compétences, à de l’aide alimentaire, au soutien en dépendance, les besoins sont grands et variés et le soutien communautaire en logement social offert par les organismes communautaires est essentiel. Il souffre toutefois d’un sous-financement. Une fois de plus, nous pressons le gouvernement de financer de façon globale et récurrente le soutien communautaire en logement social. Par ailleurs, pour assurer la réussite des projets mis sur pied, il est essentiel qu’il y ait un arrimage entre ce financement et celui qui permet la construction des logements sociaux et communautaire.

Finalement, le Canada, alors qu’il s’est donné comme objectif d’éliminer l’itinérance chronique d’ici 2025, doit élargir sa compréhension des réalités de l’itinérance. Les besoins étant fort variés, il faut miser sur une pluralité de réponses pour la prévenir et la réduire. Pour y arriver, les financements accordés par le fédéral doivent prendre en compte ces diverses réalités (celle des personnes Autochtones, des femmes et des jeunes notamment) et se déployer dans le respect de l’approche globale et communautaire propre au Québec.

En 2014, le Québec s’est doté d’une Politique nationale de lutte à l’itinérance : Ensemble pour éviter la rue et en sortir. Celle-ci souligne que l’itinérance est une responsabilité collective et un déni de droit intolérable dans une société comme la nôtre. En cette journée mondiale de l’habitat, il convient de se rappeler le rôle que nous avons tou.te.s à jouer afin d’améliorer les conditions de vie des citoyen.ne.s précarisé.e.s.


Texte écrit par : Joannie Veilleux, Organisatrice communautaire, Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)

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