La lutte à la pauvreté au RAPSIM se fait à la fois à l’échelle régionale dans le cadre des travaux du «Plan d’action intersectoriel» et au niveau national. Le RAPSIM soutient les initiatives des groupes locaux, régionaux et nationaux de lutte à la pauvreté et porte des demandes globales auprès du gouvernement du Québec.
La lutte à la pauvreté est une tâche complexe qui requiert des actions concrètes et des solutions à long terme. L’élimination de la pauvreté est une de principales préoccupations du RAPSIM. À travers le Comité droit au revenu, nous revendiquons, avec d’autres organismes membres du RAPSIM et des allié·es, le droit à un revenu décent pour toutes et tous. Plus concrètement, le comité se centre sur deux axes: l’accès à un revenu décent pour toutes et tous et le droit à l’insertion socioprofessionnelle et à l’éducation.
Si l’itinérance n’est pas uniquement un problème de pauvreté, elle demeure toujours un problème de pauvreté. Ses impacts sont bien réels et dépassent largement les situations d’itinérance : l’espérance de vie diminue avec la défavorisation matérielle et sociale. De plus, les effets négatifs des inégalités socioéconomiques s’amplifient lorsqu’elles s’entrecroisent avec d’autres formes d’inégalités, qu’elles soient liées au genre, à l’ethnicité, à la religion ou à l’âge, par exemple.
Il est incontournable d’agir sur ce terrain pour prévenir et réduire l’itinérance, notamment en garantissant à toutes et tous un revenu digne et suffisant. À cet égard, il faut rappeler que plusieurs des personnes qui fréquentent les organismes en itinérance ont un faible niveau de scolarité. Cette réalité affecte non seulement leur autonomie dans l’accès aux services publics, mais aussi leur possibilité d’intégrer le marché du travail et d’obtenir un emploi adéquatement rémunéré. L’accès à des formes d’éducation alternatives, comme l’école de rue, s’avère donc essentiel.
Par ailleurs, les programmes offerts par Emploi-Québec s’inscrivent souvent dans une logique stricte de retour à l’emploi, sans reconnaître suffisamment les expériences de participation et d’implication communautaire, qui peuvent pourtant être déterminantes. Il demeure donc essentiel de représenter les réalités et les besoins des personnes en situation d’itinérance, afin qu’elles ne soient pas laissées pour compte.
Analyse et présentation des budgets ainsi que des mises à jour budgétaires gouvernementales;
Participation comme membre et antenne régionale du Collectif pour un Québec sans pauvreté;
Appui aux actions et revendications du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ);
Vigie des actions et programmes des différents paliers gouvernementaux en lien avec ces thématiques.
Garantir à toutes et à tous l’accès à un revenu décent, notamment par l’assistance sociale;
Garantir des services publics gratuits et universels, dont l’accessibilité doit être assurée en tout temps, tout en veillant à améliorer leur qualité, par exemple en incluant les soins dentaires et de la vue dans la couverture de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ);
Développer et soutenir des programmes d’insertion socioprofessionnelle adaptés aux personnes les plus éloignées du marché du travail, grâce à des mesures souples, de durée variable et reposant sur la participation volontaire;
Favoriser et reconnaître les programmes et initiatives d’affiliation sociale qui reposent sur l’implication communautaire (brigade verte, TAPAJ, etc.);
Défendre l’éducation comme rempart essentiel contre l’exclusion sociale et la pauvreté.
Dans la lignée de la «politique nationale en itinérance», le RAPSIM défend à travers ce comité le droit à un revenu décent pour toutes et tous et appuie l’augmentation du montant de l’aide sociale pour l’ensemble des prestataires afin de couvrir leurs besoins de base. Ainsi, le comité travaille sur la documentation des barrières institutionnelles afin de les lever pour favoriser un meilleur accès au chèque d’aide sociale pour les personnes en situation d’itinérance ou à risque de l’être. Nous joignons nos efforts à celles et ceux qui luttent pour la même cause et soutenons toutes les actions et mobilisations d’organismes ou de collectifs qui vont dans la même direction.
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L’intégration socioprofessionnelle a pour but de permettre à quiconque d’acquérir les compétences requises pour faciliter son accès au marché du travail et s’y maintenir, ou, le cas échéant, de poursuivre ses études. Le droit à l’insertion socioprofessionnelle et à l’éducation est un volet de la «politique nationale de lutte à l’itinérance» qui se traduit dans des engagements ministériels et des mesures régionales (PAI). Comme le RAPSIM, nous défendons le maintien d’une diversité de programmes d’insertion afin de répondre à une diversité de besoins, particulièrement pour profiter aux personnes les plus éloignées du marché du travail.
Pour répondre aux besoins des personnes en situation ou à risque d’itinérance, il est nécessaire de développer et de soutenir des programmes d’insertion diversifiés et adaptés aux besoins de différentes populations: des programmes pour les jeunes, pour les personnes de 40 ans et plus, pour les femmes, des programmes pour les personnes qualifiées et d’autres pour celles qui sont très éloignées du marché de l’emploi. Les parcours menant à l’itinérance sont multiples et les besoins des personnes le sont tout autant. Surtout, il est essentiel de favoriser des approches incitatives et volontaires, et de reconnaitre que certaines personnes, en raison de leur parcours de vie, ne seront pas en mesure de s’insérer sur le marché du travail dit traditionnel.
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Un programme destiné aux personnes les plus éloignées du marché de l’emploi. Ce programme est offert par des organismes et permet aux personnes participantes d’effectuer des tâches en milieu communautaire en étant suivies par un·e intervenant·e de l’organisme. Depuis une dizaine d’années, différents changements ont été apportés au programme afin de le rapprocher d’un programme d’employabilité (avec des critères de participation plus exigeants). Suite à ces changements, de nombreux organismes ont éprouvé des difficultés à combler leurs places de PAAS-Action, puisque le programme s’éloignait des besoins de la population rejointe.
Le RAPSIM réclame que le PAAS-Action maintienne sa vocation originelle, soit celle de rejoindre les personnes les plus éloignées de l’emploi, de leur permettre de travailler dans un contexte adapté à leurs besoins, souple, et ce de façon temporaire ou permanente.
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Même si l’accès au logement n’est pas la seule condition pour prévenir et réduire les situations d’itinérance, il est absolument nécessaire. Le logement est un droit fondamental; il est donc impératif que chaque personne qui le souhaite ait accès à un logement adéquat et financièrement abordable, qui soit aussi un lieu sécuritaire et salubre.
Le droit au logement — c’est-à-dire le droit de disposer d’un chez-soi salubre, sécuritaire et abordable — est reconnu par le Canada et le Québec à travers la ratification de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. La réalisation de ce droit devrait se traduire autant par la prévention de la perte de logement que par l’accès à un logement pour les personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir.
Le droit au logement doit être garanti pour toutes et tous, y compris les personnes en situation d’itinérance. Il est donc essentiel de considérer cette question au-delà de l’offre et du simple lieu physique. Les personnes marginalisées et vulnérabilisées ont besoin — et droit — non seulement à un toit, mais aussi à un soutien communautaire ou individuel, ainsi qu’à un environnement sécuritaire.
Une diversité d’approches est nécessaire pour répondre aux problématiques complexes et variées liées au logement des personnes en situation d’itinérance ou à risque de l’être : logements permanents ou transitoires, chambres, studios, logements mixtes et non mixtes, à haut seuil d’acceptation, favorisant la colocation, adaptés aux personnes avec enfants, etc.
Pour favoriser l’accès au logement, la permanence du RAPSIM, le comité logement, les membres et des personnes fréquentant les organismes participent activement à la lutte pour le logement social, celui-ci demeure, et de loin, la solution pour bon nombre de personnes. Le regroupement tente aussi d’obtenir que soient créés de nouveaux logements sociaux, tout en luttant pour la sauvegarde des maisons de chambres (notamment en les transformant en logements sociaux) et le respect des normes qui les régissent.
Le RAPSIM se bat aussi depuis de nombreuses années en vue de faire reconnaitre le soutien communautaire en logement social et d’obtenir son financement adéquat. Cette pratique, qui peut se concrétiser par de multiples interventions, vise à favoriser la stabilité résidentielle des personnes et à développer leur nouveau milieu de vie.
Pour connaître ce que développent les membres du RAPSIM actifs en logement et en hébergement, téléchargez le répertoire des ressources en hébergement communautaire et en logement social avec soutien communautaire.
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Animation et coordination du Comité logement du RAPSIM et du Comité des intervenant·es en hébergement et en logement;
Mise à jour régulière du « Répertoire des ressources en hébergement communautaire et en logement social avec soutien communautaire»;
Participation comme membre du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).
Vigie sur les services d’hébergement d’urgence et transitoire (SHUT) ainsi que sur les programmes de développement de logement;
Reconnaître le droit au logement à travers des lois et des programmes adaptés aux personnes en situation d’itinérance;
Créer un programme autoportant de développement du logement social et communautaire, réunissant les financements nécessaires tant pour la construction que pour l’exploitation des projets;
Assurer la sauvegarde du parc de maisons de chambres et promouvoir leur socialisation;
Développer des projets portés par le milieu et ancrés dans les besoins réels des personnes.
Le Comité Logement vise à maintenir nos membres mobilisé·es pour les enjeux de logement social et itinérance en partageant des analyses de la conjoncture politique et assure un suivi du plan d’action en matière de logement et itinérance pour pouvoir alimenter l’équipe de travail qui étudie les besoins et réalités vécues sur le terrain. Il recueille le constat de nos membres sur certains enjeux en particulier en tenant compte de la conjoncture et des dossiers en cours. Le comité se rencontre de 4 à 5 fois par année et permet à ses membres d’échanger et de partager des nouvelles de leurs projets de développement et de ceux en consolidation.
Le Comité est actuellement composé de 37 membres parmi lesquel·les se trouvent des maisons d’hébergement pour femmes, des groupes de ressources techniques, des hébergements pour jeunes. Il est également composé de ressources d’hébergement adressées aux personnes seules tandis que d’autres s’adressent aux familles. La composition et l’implication si diverse de nos membres nous permettent de nous rencontrer à une même table et de trouver nos intérêts en commun relativement à une même préoccupation, le logement et la lutte à l’itinérance. Le comité partage et échange des analyses sur la conjoncture politique aux trois niveaux gouvernementaux, soit le fédéral, le provincial et le municipal, et en discute. À chaque rencontre un thème est abordé plus particulièrement et des échanges riches en contenu et en points de vus complémentaires nourrissent la discussion.
Les maisons de chambres sont fortement liées à l’enjeu d’itinérance. Pour plusieurs, elles sont le dernier logement avant la rue; tandis que pour d’autres, elles sont l’étape nécessaire, le tremplin pour sortir de la rue. Toutefois, les maisons de chambres situées dans les quartiers centraux ne cessent de disparaître au profit de condos et de l’industrie hôtelière, mettant toujours plus de monde à la rue. Le RAPSIM revendique donc un plan global d’intervention pour leur maintien sur le parc locatif privé, et pour la socialisation lorsque possible (transformation en logement social). Le RAPSIM et les membres du comité logement convergent dans l’idée de trouver une diversité de formules pour pouvoir sauvegarder et socialiser les maisons de chambres de permette à plus de personnes de trouver leur place dans des projets sociaux et communautaires.
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Le soutien communautaire est défini dans le «Cadre de référence sur le soutien communautaire de 2017» «comme l’ensemble d’actions qui peuvent aller de l’accueil à la référence, en passant par l’accompagnement auprès de services publics, la gestion des conflits entre locataires, l’intervention en situation de crise, l’intervention psychosociale, le support au comité de locataires et aux autres comités et l’organisation communautaire.»
Pour certaines personnes, le droit au logement, c’est plus qu’un toit sur la tête. Des groupes ont donc développé le soutien communautaire en logement social. Ce soutien permet de stabiliser les personnes et d’éviter les allers-retours à la rue ou dans les institutions. Les groupes demandent la reconnaissance de cette pratique et son financement adéquat.
Le RAPSIM reconnait la diversité de projets (public cible, conditions associées au bail ou contrat de séjour, approche d’intervention, durée de séjour) et le besoin de financer de manière récurrente et indexée le SCLS, dans une perspective de consolidation et de développement de nouvelles unités, incluant en logement transitoire.
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Le RAPSIM intervient régulièrement dans la sphère publique afin de faire connaitre les besoins en matière d’hébergement. Son action passe entre autres par le suivi constant de la fréquentation des services d’hébergement d’urgence et par ses interventions régulières pour soutenir le développement des ressources d’hébergement et leur consolidation. Le RAPSIM collabore avec les acteurs et actrices du milieu afin que soient développées des ressources additionnelles qui répondent à la diversité des besoins des personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir.
Un étroit suivi est fait à propos du déploiement des mesures hivernales et des mesures estivales afin que ces mesures soient plus adaptées et répondent davantage aux besoins des personnes en situation d’itinérance.
Le RAPSIM met régulièrement à jour son Répertoire des ressources en hébergement communautaire et en logement social avec soutien communautaire.
On estime qu’environ 25 % à 40 % des personnes en situation d’itinérance sont LGBTQIA+. Pourtant, aucune ressource spécifique en itinérance n’existe encore au Québec pour ces communautés. À Montréal, les ressources non mixtes dédiées aux femmes débordent et doivent refuser des milliers de demandes chaque année, alors même que la reconnaissance de leurs réalités et de leurs besoins spécifiques tarde à se concrétiser.
L’ampleur de l’itinérance vécue par les femmes et les personnes de la communauté LGBTQIA+ demeure largement sous-estimée. Beaucoup d’entre elles restent invisibles puisqu’elles fréquentent moins la rue et les ressources mixtes. Elles évitent ces lieux par souci de sécurité, mais s’exposent alors à de graves violences en dormant dehors ou en étant identifiées comme personnes en situation d’itinérance. Dans ce contexte, nombre d’entre elles adoptent des stratégies de survie comme demeurer avec un·e partenaire violent·e, dormir dans une voiture ou passer d’un sofa à l’autre chez des connaissances. On parle alors d’itinérance cachée.
Les femmes et les personnes de la diversité sexuelle et de genre en situation d’itinérance se retrouvent souvent à l’intersection de multiples systèmes d’oppression, ce qui complexifie et exacerbe les risques de violence. C’est notamment le cas des femmes autochtones, 11 fois plus susceptibles d’être interpellées par la police à Montréal; des femmes issues de l’immigration, de plus en plus nombreuses à fréquenter les ressources; et des personnes trans, qui ont trop peu accès à des milieux sécuritaires et adaptés à leur réalité.
Ainsi, la notion d’intersectionnalité est essentielle pour comprendre les expériences vécues par ces populations et, par conséquent, évaluer de manière adéquate les effets des programmes et services mis en place pour prévenir et réduire l’itinérance.
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Une diversité de lieux d’accueil et de logements sociaux avec soutien communautaire dédiés aux femmes et aux personnes de la diversité sexuelle et de genre; qu’ils soient financés adéquatement;
Reconnaître et visibiliser les besoins et réalités spécifiques de ces populations;
Encourager des changements de fond pour adapter les organismes mixtes aux besoins et réalités des femmes et des personnes de la diversité sexuelle et de genre;
Lutter contre les différents systèmes d’oppression qui produisent et maintiennent des personnes en situation d’itinérance
Rédaction d’un journal de recherche sur la place de l’analyse différenciée selon les sexes (ADS+) parmi les membres du RAPSIM, ainsi qu’une analyse interne de nos pratiques et de nos discours;
Présentation de notre projet dans le cadre de colloques, conférences, etc.;
Participation à divers projets de recherche.
L’itinérance des jeunes s’explique par des causes et des conséquences spécifiques, ainsi que par des besoins et des réalités distincts de ceux des adultes. Elle se définit moins par un âge précis que par le passage symbolique de l’enfance et de l’adolescence vers l’âge adulte, et par les impacts de ce passage sur la condition sociale. Leur autonomie étant encore en développement, les jeunes font face à des obstacles particuliers : difficultés d’accès au logement, barrières à l’éducation et au marché du travail, antécédents de placement ou de suivi par la Direction de la protection de la jeunesse, et contextes familiaux ou sociaux difficiles.
Certain·es ont connu des parcours de placement, d’autres ont choisi de s’éloigner pour vivre de nouvelles expériences, et plusieurs ont fui des milieux familiaux marqués par la violence ou la rupture. La crise du logement et le coût élevé de la vie accentuent ces vulnérabilités, rendant l’accès à la stabilité encore plus difficile. Ces réalités soulignent l’importance de renforcer le filet social dès le plus jeune âge afin de soutenir la transition vers l’âge adulte.
Selon le dernier dénombrement, un tiers des jeunes en situation d’itinérance visible avaient récemment quitté la Direction de la protection de la jeunesse. Agir en amont pour sécuriser leur parcours — meilleure transition après la protection de la jeunesse, lutte contre les discriminations à l’école, soutien accru aux familles en difficulté, prévention du décrochage scolaire, etc. — augmente significativement leurs chances de réussir cette transition. La prévention doit donc être considérée comme une mesure essentielle de la lutte globale contre l’itinérance.
Financer adéquatement une diversité d’hébergements et de logements sociaux avec soutien communautaire pour les jeunes, notamment les jeunes mineur·es;
Favoriser le maillage entre réseau de la santé, les écoles et les organismes communautaires pour les accompagner respectueusement, en adaptation avec leurs réalités, et leur offrir un soutien psychosocial et un appui vers l’autonomie;
Soutenir la scolarisation et accompagner les jeunes dans un début de parcours professionnel notamment en donnant plus de soutien aux écoles de la rue et aux organismes offrant de l’adaptation scolaire spécialisée;
Soutenir les initiatives de travail alternatif payé à la journée (TAPAJ) et les programmes et entreprises d’insertion qui permettent aux jeunes d’expérimenter, de découvrir leurs goûts à leur rythme;
Soutenir le passage entre les systèmes jeunesses (avant 18 ans) et adultes (après 18 ans);
Le profilage social, la judiciarisation des personnes en situation d’itinérance et la cohabitation sociale dans l’espace public sont des enjeux autour desquels se mobilise le RAPSIM depuis le tournant des années 2000. À l’époque, le RAPSIM et ses allié·es avaient déployé d’importantes actions pour s’opposer à une approche policière particulièrement répressive à l’endroit des personnes en situation d’itinérance. En conformité avec l’idéologie alors prédominante dans les grandes villes d’Amérique du Nord, la lutte rigide aux «incivilités» commises par les personnes marginalisées dans les espaces publics était justifiée comme étant un moyen nécessaire pour prévenir l’implantation d’une criminalité plus sérieuse.
Par leur présence dans l’espace public, les personnes en situation d’itinérance sont particulièrement exposées à la (sur)judiciarisation et aux profilages. Ces pratiques entraînent de nombreux effets néfastes. La judiciarisation de l’itinérance peut être considérée comme « le moyen privilégié pour condamner une condition de vie, un mode de vie, une situation personnelle que l’on ne veut plus voir ». Par profilage, on entend un traitement différencié infligé à une personne en raison de sa condition sociale, de sa racisation, de son identité de genre, ou d’autres caractéristiques personnelles.
Le RAPSIM, membre de l’Observatoire des profilages et de la Ligue des droits et libertés (LDL), se préoccupe de ces enjeux depuis longtemps. Entre 1994 et 2018, le nombre de constats d’infraction remis à des personnes en situation d’itinérance s’est multiplié par huit. Cette réalité a aussi été documentée qualitativement par le RAPSIM à travers cinq portraits de la situation dans l’espace public entre 2011 et 2020. Or, remettre des constats d’infraction accompagnés d’amendes à des personnes qui adoptent diverses stratégies de survie ne fait que les précariser davantage, les marginaliser et les éloigner de toute possibilité d’amélioration de leurs conditions de vie.
Le profilage social subi par les personnes en situation d’itinérance s’articule avec d’autres formes de profilage systémique — racial, genré — et avec d’autres systèmes d’oppression, comme ceux qui stigmatisent les travailleur·euses du sexe ou les personnes qui consomment. Ainsi, les femmes autochtones sont les plus ciblées à Montréal, ayant 11 fois plus de risque d’être interpellées par la police que leur proportion dans la population. Les femmes trans sont particulièrement visées par des actes violents de la part de la police. Les personnes ayant des enjeux de santé mentale sont aussi davantage judiciarisées. À cela s’ajoute un accès limité à la justice pour les personnes en situation d’itinérance, qui doit impérativement être renforcé. Enfin, la judiciarisation de l’itinérance dépasse la simple remise de contraventions et inclut l’ensemble des parcours de vie criminalisés par le système judiciaire.
Le RAPSIM affirme que la répression, utilisée comme prétendu « outil d’intégration », est contre-productive. Elle ne fait qu’accroître les obstacles rencontrés par les personnes en situation d’itinérance, dans une ville où les espaces publics leur sont déjà de plus en plus hostiles.
Le droit de cité peut être compris comme le droit d’accès à la ville — autant dans sa globalité que dans ses particularités. Pour qu’il soit effectif, il faut que toute personne, peu importe sa condition sociale, ait accès à des ressources suffisantes pour répondre à ses besoins de base dans un espace géographique donné : une offre de logements adaptés à la capacité de payer des plus pauvres, l’accès à des aliments, à des transports collectifs et à des soins de santé. Les processus accélérés de gentrification des quartiers, qui entraînent le déplacement volontaire ou involontaire de communautés, ainsi que l’intensification des discours « pas dans ma cour », constituent des dénis de ce droit. Les stratégies de survie adoptées par des personnes, comme l’établissement de campements, apparaissent alors comme des réponses face à ces dénis.
Le droit de cité inclut également l’accès à l’espace public, c’est-à-dire à des lieux intérieurs comme extérieurs réellement accessibles à toutes et à tous. Pour les femmes et les personnes de la communauté LGBTQ+, il englobe aussi le droit à la sécurité : pouvoir vivre et se déplacer dans l’espace public sans être victimes de harcèlement ni d’agressions.
Les personnes en situation d’itinérance — qu’elle soit visible ou cachée — n’ayant pas accès à des lieux privés leur permettant de préserver leur sécurité, leur dignité et leur intimité, l’accès aux lieux et installations publics devient d’autant plus essentiel pour répondre à certains besoins de base et, parfois, pour apaiser l’hypervigilance constante imposée par la survie. Pensons, par exemple, au rôle crucial des édicules de métro, des bibliothèques, des campus universitaires et des parcs. En démantelant les campements, la Ville de Montréal contribue toutefois à restreindre encore davantage le droit de cité de ces personnes.
Le RAPSIM soutient donc qu’il est essentiel que les lieux publics nécessaires à la survie soient accessibles aux personnes en situation d’itinérance et que le filet social fasse l’objet d’un réinvestissement massif, afin de réduire le nombre de personnes contraintes à cette réalité. Le RAPSIM dénonce également toute initiative qui, directement ou indirectement, contrevient au droit de cité : règlements et aménagements hostiles, surveillance accrue, déplacements forcés imposés par les forces répressives.
L’Opération Droits Devant est le comité maison du RAPSIM qui s’intéresse aux enjeux de profilage social, de judiciarisation des personnes en situation d’itinérance et de cohabitation sociale dans l’espace public. Il regroupe essentiellement des intervenant·es d’organismes membres qui travaillent auprès de personnes en situation d’itinérance visible. L’ODD documente les situations de profilage social et les enjeux qui émergent des rapports entre les personnes en situation d’itinérance, les policiers ou policières et les autres acteurs, actrices présent·es dans les espaces publics. Il vise à faire reculer les pratiques de profilage social et à faire reconnaitre le droit de cité de toutes et tous.
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Réclamer la fin de la répression de l’itinérance, notamment par la judiciarisation et par les pratiques de harcèlement dans l’espace public;
Dénoncer l’intensification de la surveillance et des déplacements forcés des personnes en situation d’itinérance par les autorités publiques, une approche directement liée au manque de services et de lieux d’accueil (haltes et hébergements d’urgence);
Exiger la fin des interpellations policières, utilisées de façon disproportionnée envers les personnes en situation de marginalité urbaine et qui constituent une forme de profilage.
Animation et coordination du Comité Opération Droits Devant (ODD) du RAPSIM;
Réalisation des portraits de la situation dans l’espace public montréalais;
Vigie sur l’approche municipale sur les campements.
Les personnes en situation d’itinérance sont trop souvent traitées comme des citoyen·nes de seconde zone. Obstacles administratifs, stigmatisation, politiques répressives et absence de participation démocratique se conjuguent pour les exclure des espaces publics, des décisions collectives et de l’exercice effectif de leurs droits fondamentaux.
Faute d’adresse, de pièces d’identité ou en raison de préjugés, elles se voient fréquemment privées du droit de vote, de la possibilité de s’exprimer et de participer aux décisions qui les concernent. Les politiques qui criminalisent la pauvreté, l’itinérance et les stratégies de survie des personnes renforcent cette exclusion symbolique et véhiculent l’idée qu’elles ne méritent pas les mêmes droits que les autres citoyen·nes.
Cette réalité concerne également de nombreuses personnes migrantes sans statut, confrontées aux mêmes barrières et discriminations. C’est pourquoi le RAPSIM soutient la revendication d’un statut pour toutes et tous, afin de garantir l’accès aux droits, aux services et à la participation démocratique, peu importe le parcours ou la situation administrative.
Défendre le droit à la citoyenneté, c’est lutter contre l’invisibilité sociale, assurer un accès réellement universel aux services essentiels — santé, logement, emploi, protection sociale — et permettre à chacun·e de participer pleinement à la vie collective. Parce que personne ne devrait être laissé en marge, la reconnaissance de la citoyenneté constitue un levier essentiel pour l’inclusion, la dignité et l’égalité.
Garantir et simplifier l’accès aux pièces d’identité et aux documents légaux pour toutes et tous (ex. carte RAMQ);
Assurer le droit de vote en facilitant l’inscription sur les listes électorales et l’exercice effectif de ce droit;
Favoriser la participation démocratique en mettant en place des mécanismes inclusifs permettant aux personnes de prendre part aux consultations publiques et aux instances décisionnelles;
Reconnaître un statut pour toutes et tous;
Garantir un accès universel aux droits sociaux, aux soins de santé, à l’éducation et aux services publics, indépendamment du statut social ou migratoire;
Soutenir les organismes communautaires qui défendent les droits et portent la voix des personnes dans l’espace public, grâce à un financement à la mission adéquat;
Mettre fin aux politiques publiques d’exclusion et de criminalisation.
Soutenir les initiatives portées par l’ADDS-MM pour l’exercice collectif du droit de vote lors des prochaines élections provinciales et fédérales;
Favoriser la représentation et la participation des personnes en situation d’itinérance et des personnes migrantes au sein des instances décisionnelles;
Appuyer les revendications et mobilisations du milieu communautaire en immigration pour la défense des droits des personnes migrantes.
Les impacts des changements climatiques se font déjà sentir au Québec et à Montréal, et touchent particulièrement les personnes en situation de pauvreté. Les personnes en situation d’itinérance — en particulier celles qui vivent dans l’espace public — sont en première ligne face à ces bouleversements, en raison de leur exposition directe aux intempéries. Elles subissent ces stress au quotidien et demeurent plus vulnérables que d’autres groupes sociaux en raison de certaines prédispositions : prévalence de maladies chroniques, enjeux de santé mentale, consommation de substances, limitations de mobilité, etc.
Les réponses des autorités aux changements climatiques peuvent également avoir des effets négatifs sur les personnes déjà les plus touchées par les inégalités sociales. C’est le cas, par exemple, lorsque des mesures d’adaptation entraînent la gentrification d’un quartier, menant à l’exclusion ou à l’expulsion des personnes en situation d’itinérance.
De leur côté, les organismes communautaires se mobilisent et développent des solutions pour réduire les risques liés à la santé et à la sécurité des personnes concernées : ouverture de haltes fraîcheur, distribution d’eau, prolongation des heures d’ouverture des centres de jour, ajout de quarts supplémentaires, etc. Pourtant, ces organismes manquent cruellement de financement et ne sont pas pleinement reconnus comme faisant partie intégrante des réponses aux intempéries climatiques dans les plans d’adaptation.
Défendre l’accès à des installations publiques à l’abri des intempéries, notamment des espaces chauffés en hiver et climatisés en été;
Promouvoir une vision de la lutte aux changements climatiques qui prenne en compte les inégalités sociales et vise à les réduire;
Réclamer un financement accru pour les organismes communautaires qui offrent des réponses d’urgence face aux intempéries climatiques;
Faire reconnaître les organismes communautaires comme un véritable réseau de solidarité contribuant à la résilience des communautés marginalisées.
Rédaction d’un rapport sur les réalités terrain des inégalités climatiques sur les personnes en situation d’itinérance
Projet Chaleur : Impact des chaleurs extrêmes et estivales en itinérance
La santé est un droit fondamental. Pourtant, les personnes en situation d’itinérance continuent de faire face à d’importants obstacles pour y accéder. Au RAPSIM (Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal), nous défendons une vision holistique de la santé : être en santé ne se limite pas à l’absence de maladie, mais englobe le bien-être physique, mental, social, culturel et spirituel.
Notre approche met de l’avant la promotion de la santé et la prévention. Cela signifie agir en amont pour réduire les facteurs de risque liés à l’itinérance : insécurité alimentaire, manque de logements décents, isolement social, criminalisation de la pauvreté, exposition accrue aux violences. Nous appuyons des interventions qui permettent aux personnes de développer leurs capacités d’autosanté, de renforcer leur pouvoir d’agir et de préserver leur bien-être malgré les réalités précaires.
Les personnes autochtones en situation d’itinérance sont particulièrement touchées par le racisme systémique et les discriminations dans le réseau de la santé. Le RAPSIM revendique la mise en place de pratiques de sécurisation culturelle : des soins qui respectent les réalités culturelles, les savoirs traditionnels et les expériences vécues des communautés autochtones. Reconnaître ces dimensions est essentiel pour garantir des services réellement accessibles, sécuritaires et adaptés.
Le RAPSIM soutient également des approches alternatives et des modèles d’intervention souples, intersectionnels, centrés sur les besoins des personnes plutôt que sur les contraintes institutionnelles et paternalistes. Cela inclut la réduction des méfaits pour les personnes qui consomment des substances psychoactives : un cadre respectueux et pragmatique qui vise à diminuer les risques et à préserver la dignité des personnes, plutôt que de les stigmatiser ou de les exclure.
Dans cette perspective, nous défendons aussi le principe du « no wrong door » : toute porte d’entrée vers les services doit être la bonne. Peu importe où une personne s’adresse, elle doit être accueillie, écoutée et orientée vers les ressources adaptées à ses besoins, sans jugement ni exclusion.
L’équité en santé est au cœur de notre action. Nous dénonçons les inégalités d’accès aux soins auxquelles se heurtent les personnes en situation d’itinérance : refus de soins, manque de services de proximité, barrières administratives, absence d’accompagnement adapté. Le RAPSIM plaide pour un réseau de santé inclusif, où chaque personne — peu importe son statut social ou migratoire, son âge, son origine ou son usage de substances — puisse accéder à des soins de qualité, gratuits et respectueux.
Une personne en situation d’itinérance est considérée comme aînée dès l’âge de 50 ans. Ce seuil précoce reflète les effets dévastateurs de la vie dans la rue : exposition constante aux intempéries, alimentation inadéquate, stress chronique, insécurité, absence de soins préventifs… autant de facteurs qui entraînent un vieillissement accéléré. Ainsi, bien avant 50 ans, nombre de personnes présentent déjà des signes de dégradation physique et cognitive.
Parallèlement, on observe une hausse préoccupante du nombre de personnes aînées qui vivent leur premier épisode d’itinérance après 50 ans. Perte d’emploi, évictions, séparation, deuil, épuisement des réseaux de soutien ou revenus insuffisants pour faire face à la crise du logement contribuent à ce phénomène. Le vieillissement dans la rue illustre de façon frappante l’échec collectif à prévenir et à réduire l’itinérance.
Les besoins de cette population sont multiples et complexes. Les enjeux concomitants — itinérance, santé mentale, consommation et vieillissement — se chevauchent : gestion des maladies chroniques, accompagnement en cas de perte d’autonomie (physique et cognitive), accès à des hébergements adaptés, soutien en santé mentale et accompagnement dans l’usage de substances et la réduction des risques. Pourtant, malgré une visibilité accrue du phénomène dans les médias, le vieillissement des personnes en situation d’itinérance demeure largement absent des discours et des politiques publiques.
Le RAPSIM dénonce ce manque de considération et milite pour la création de ressources spécialisées, le développement de logements sociaux accessibles et la mise en place de modèles d’intervention adaptés aux réalités du vieillissement dans la rue. Il est urgent de reconnaître la diversité des parcours et de garantir à chacun·e un accompagnement digne.
Parce que personne ne devrait vieillir dans la rue, le RAPSIM rappelle que protéger les droits et la dignité des personnes aînées en situation d’itinérance est une responsabilité collective.
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Un accès équitable et universel aux soins et aux programmes, sans discrimination ni barrières administratives;
Des approches inclusives : réduction des méfaits, no wrong door, autosanté, prévention et promotion de la santé;
La sécurisation culturelle pour les personnes autochtones;
Des services de proximité conçus pour et avec les personnes en situation d’itinérance, en situation de marginalité ou ayant des trajectoires de vie atypiques;
La prise en compte des enjeux liés au vieillissement des personnes en situation d’itinérance dans toutes les politiques publiques.
Appuyer les revendications du mouvement communautaire en santé mentale, qui réclame un meilleur accès aux soins ainsi que la mise en place de services communautaires de crise offrant des alternatives aux urgences hospitalières, à l’intervention policière et à la judiciarisation;
Mener un projet de recherche, porté par le Comité santé du RAPSIM, afin de documenter les besoins en soins de santé des personnes en situation d’itinérance à Montréal;
Développer des outils adaptés pour mieux accompagner les personnes vieillissantes qui fréquentent les ressources;
Participer à différents projets de recherche visant à améliorer la santé et le bien-être des personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir.
Le RAPSIM est depuis 1974 partenaire des travaux menés par les gouvernements et la Ville pour se doter d’une politique, d’un plan d’actions et de stratégies en itinérance. Le RAPSIM était impliqué lors du Comité des sans-abri de la Ville de Montréal dans le cadre l’AILSA en 1987, jusqu’aux travaux en cours par différents paliers de gouvernements.
Cette implication dans ces travaux a permis de faire reconnaitre l’importance du sujet de l’itinérance, de sa diversité et de montrer l’ampleur du travail à accomplir pour la contrer. De pair avec cette action, le RAPSIM a continué de se mobiliser avec ses membres pour que des investissements suffisants soient consacrés aux actions pour contrer l’itinérance.
C’est le gouvernement du Québec qui a la principale responsabilité dans la lutte contre l’itinérance, puisque toutes les actions en découlant sont sous sa responsabilité. Cela a été reconnu par la «Commission parlementaire sur l’itinérance tenue en 2008-2009» et dans le «Plan d’action interministériel 2009-2015» qui l’a suivie.
C’est avec l’adoption en 2014 de la «Politique nationale de lutte à l’itinérance —Pour éviter la rue et en sortir», que cette responsabilité a été pleinement reconnue. Cette politique avait été demandée activement par le RAPSIM, le RSIQ, la Ville de Montréal et de nombreux acteurs, nombreuses actrices dont la CDPDJQ et le Barreau du Québec.
La politique adoptée par le gouvernement du Québec, avec sa vision de l’itinérance qui reconnait que celle-ci est un déni de droits et avec son approche globale des actions à entreprendre pour prévenir et réduire le phénomène, interpelle l’action de 13 ministères.
Un 2e Plan d’action interministériel, 2015-2020, a été adopté dans la foulée de l’adoption de la Politique, identifiant un bon nombre de mesures pertinentes à déployer. Plusieurs progrès ont été marqués dans l’accès aux services de santé et aux services sociaux ainsi que dans le développement de logements sociaux avec soutien communautaire et des mesures d’insertion.
La volonté politique d’assurer que les actions prescrites soient pleinement appliquées a manqué. Cette inaction est survenue dans un contexte marqué par des mesures d’austérité sélective affectant particulièrement les programmes sociaux. Dans ce contexte, les actions menées n’ont pas été suffisantes pour contrer l’accroissement de l’itinérance qui est vécue à Montréal et dans bien des régions du Québec. Cet échec n’est pas dû aux faiblesses de la Politique et du Plan d’action qui identifient bien les actions à mener pour prévenir l’itinérance, telles que la sortie des centres jeunesse et la perte de logement, mais plutôt au manque de moyens pour entreprendre ces actions.
Des travaux majeurs sont en cours en 2020 pour mener à l’adoption d’un nouveau Plan d’action interministériel. Celui-ci devra revoir et actualiser les actions prévues dans l’ancien plan. Ce plan devra surtout être piloté avec un leadership solide et soutenu par le gouvernement. Tous les ministères interpellés par la Politique en itinérance devront assumer leurs responsabilités afin de permettre la réalisation de l’objectif: «Éviter la rue et en sortir». La réalisation du nouveau plan demandera des investissements majeurs et récurrents.
Avec ses choix budgétaires et politiques, le gouvernement fédéral joue un rôle majeur dans ce qui peut contribuer à faire croitre l’itinérance ou la réduire. Par exemple, l’abandon du soutien au développement du logement social depuis 1994 a privé le Québec de 75 000 nouvelles unités. L’abolition du Régime d’assurance publique du Canada a pavé la voie aux provinces pour établir des prestations d’aide sociale ne couvrant plus les besoins essentiels, comme le Régime le prescrivait;
Depuis 1999, avec un programme qui se nomme à ce jour «Vers un chez-soi», le gouvernement fédéral soutient les actions des organismes communautaires œuvrant en lutte contre l’itinérance. Ce programme n’a pas remplacé les investissements structurels déterminants que le fédéral doit assumer, aussi, «Vers un chez-soi» n’a pu remplir son objectif de réduire l’itinérance;
Les investissements fédéraux dans la lutte contre l’itinérance ont cependant été utiles pour soutenir les interventions d’accueil, d’accompagnement, de soutien menées dans les ressources, ainsi que le travail accompli dans la rue. Les programmes fédéraux en itinérance ont aussi soutenu la réalisation de plus de 1500 logements sociaux pour personnes itinérantes depuis 20 ans à Montréal. Ils ont aussi contribué à améliorer les installations des organismes, tels que CACTUS et l’Itinéraire, leur permettant de s’installer au centre-ville;
Le RAPSIM et le RSIQ ont sans cesse travaillé pour demander la reconduction de ce programme fédéral, dont les investissements engagés pour de courtes périodes de 1 à 3 ans. En 2013, le gouvernement fédéral (avec le parti Conservateur au pouvoir ) annonçait un virage vers le Housing first, une approche ciblant les personnes en situation d’itinérance chronique et privilégiant une aide en logement privé;
Le RAPSIM et ses membres ont fortement combattu ce virage qui a entrainé des coupures dans différentes interventions menées auprès de différentes populations et permettant de réduire et prévenir l’itinérance. En 2016, le gouvernement a annoncé des fonds accrus pour la lutte, qui ont permis de rétablir une approche globale dans les actions entreprises;
Avec ses trois stratégies adoptées en 2017 et 2018 en logement, lutte à la pauvreté et en itinérance, le gouvernement libéral au pouvoir au fédéral sous le mandat de Justin Trudeau a reconnu et nommé l’importance de ses responsabilités en lien avec l’itinérance;
Les budgets qui ont été investis sont à ce jour insuffisants. Ainsi, en logement social, aucun financement dédié n’est annoncé et aucune garantie n’a été faite dans le sens du maintien des unités qui avaient été développées grâce au financement fédéral jusqu’en 1994;
Pour ce qui est des objectifs, toutes les stratégies fédérales visent à réduire l’itinérance chronique de 50%. Or, cet objectif ne pourra être atteint que si les actions nécessaires sont menées pour prévenir l’itinérance, notamment celles qui concernent la pauvreté et le logement et qui sont de compétences fédérales.
La Ville a aussi un rôle important à jouer en ce qui concerne la lutte contre l’itinérance, un rôle qui est même croissant avec les pouvoirs et parfois les moyens qui lui sont transférés;
Depuis l’administration de Jean Doré en 1986 et la mobilisation du milieu depuis cette date, mobilisation dont le RAPSIM a fortement pris part, les différentes administrations ont reconnu leur responsabilité en matière de lutte contre l’itinérance. Des actions sont identifiées dans les plans de ces administrations au niveau de la sauvegarde des maisons de chambres, du développement de logements sociaux et des actions de la police.
Dans une perspective d’approche globale, le RAPSIM considère que l’itinérance constitue un déni de droits et qu’il est nécessaire d’agir simultanément sur plusieurs axes tant pour prévenir que pour réduire l’itinérance. Nous intervenons ainsi sur les facteurs sociaux incluant l’accès au logement, la lutte à la pauvreté, la défense du droit de cité et l’accès aux soins de santé exempt de stigmatisation et de discrimination. Tous ces facteurs peuvent jouer un rôle fondamental à la fois dans la prévention et dans la réduction de l’itinérance. S’ajoute à cela l’aspect humain et le rôle incontournable du lien de confiance avec les personnes en situation d’itinérance et à risque de l’être.
Le RAPSIM met donc de l’avant l’importance d’une diversité de réponses que commande la multitude des visages, des réalités et des besoins en itinérance. En ce sens, il soutient et fait la promotion des actions et activités diversifiées de ses membres. Plus concrètement, pour le RAPSIM, promouvoir l’approche globale implique plusieurs éléments. Premièrement, une prise en compte des facteurs sociaux qui affectent les conditions de vie, en particulier les inégalités sociales, de même que l’expérience subjective des personnes est nécessaire. Deuxièmement, une attention particulière doit être portée tant à l’expression affective de la personne que de la perception qu’elle a de sa condition d’existence. Troisièmement, une conception généraliste et holistique de l’intervention, invitant au développement de diverses formes de polyvalence et d’adaptabilité afin d’éviter la fragmentation s’impose. Quatrièmement, une participation qui soit libre, volontaire, et active des personnes plaçant au centre de l’intervention leur rythme et leurs volontés. Finalement, à l’échelle des groupes, l’approche globale implique une gestion et une orientation autonome.